MOKA : Management de la "relation adhérent"

Xavier DESTOOP, Directeur du Système d'Information de l'Association des Paralysés de France
xd@destoop.net

 

Interview de Xavier Destoop

IMI : ''Pourquoi ce sujet de mémoire et ce titre ?''
X Destoop : ''L'Association des Paralysés de France est une grande organisation qui rassemble 35 000 adhérents et emploie 11 000 salariés répartis sur 360 sites. Elle gère un budget de plus de 450 M d'Euros. Représentant au niveau politique les personnes avec un handicap moteur, elle gère de nombreux services d'accompagnement. Au moment de choisir le sujet de mon mémoire, en 2002, l'association a décidé de mener un grand projet de réorganisation afin de développer sa démocratie interne. Son Conseil d'Administration est composé de 21 personnes élues. Le projet mis en place alors est de créer dans chaque département un Conseil d'adhérents élus. Il s'agit donc de passer de 21 élus à plus de 1000, l'objectif global étant de donner plus de pouvoir aux adhérents.

L'origine de mon mémoire s'est inscrit dans l'accompagnement de cette dynamique : comment le système d'information de l'APF peut-il épauler ce projet ?
Plus généralement, l'objectif est donc de rechercher une stratégie de développement de la relation qu'entretient l'association avec ses adhérents. C'est le management de la "relation adhérent''.''

 

IMI : ''Quels étaient vos objectifs au moment du choix du sujet ?''
X Destoop : ''Le projet de développement de la démocratie interne de l'association implique la remise à plat de la relation avec les adhérents. Il est apparu rapidement que leur nombre important impliquait le système d'information. L'idée était donc d'évaluer la possibilité de transférer et d'adapter le modèle de management de la « relation client » des entreprises commerciales, à la "relation adhérent" d'une grande association.''

 

IMI : ''Quelle est aujourd'hui sa valeur ajoutée ?''
X Destoop : ''L'APF est un acteur économique particulier. La valeur recherchée est celle de l'adhérent. Celui-ci est au coeur de l'organisation. Il s'agit donc de mettre en place un ensemble de processus qui vont lui permettre de développer son implication dans l'association. Un adhérent qui progresse dans sa « militance » est plus fidèle et peut entraîner d'autres personnes dans un engagement similaire. Il existe une sorte de concurrence entre les organisations associatives. Les individus sont de plus en plus individualistes et exigent de la transparence, des résultats tangibles, une participation aux décisions... Le management de la « relation adhérent » est donc un avantage important pour l'association qui y réussit.

Un mémoire ne peut pas être en tant que tel un projet d'action. Sa rédaction est une occasion rare de se donner un long temps de réflexion en oubliant le maelström des problèmes quotidiens. Plus d'un an après la soutenance, je me rends compte qu'il constitue toujours pour moi une sorte de fil conducteur auquel il m'arrive régulièrement de me référer. Par exemple, le mémoire présente une analyse des processus à mettre en place ou à développer autour des adhérents. Cette étude assez exhaustive est particulièrement utile aujourd'hui puisque l'association envisage de reprendre en interne le fichier des adhérents et plus généralement de reconsidérer l'ensemble des processus les concernant. Sans constituer une solution clé en main, l'étude menée lors de la rédaction du mémoire constitue un cadre de référence utile, en particulier pour l'évolution du système d'information.''

 

IMI : ''Quels furent les points clés du mémoire et de la démarche poursuivie pour l'élaborer ?''
X. Destoop : ''Le plan du mémoire caractérise la méthode utilisée :



- Le premier point analyse d'une part l'organisation de l'APF et sa stratégie (statuts, organisation du Conseil d'Administration, histoire et évolution...). D'autre part il tente de déterminer les éléments clé qui permettent de développer la militance d'une personne.
- Le deuxième, plus général, analyse l'existant en matière d'informatique dans l'association.
- Les troisième et quatrième présentent l'état de l'art sur le management du système d'information et son accès.
- Le cinquième propose une analyse des processus nécessaires ainsi qu'une organisation en mesure de les mettre en place.
- Le dernier, pour l'exemple, présente plus complètement un des processus proposé.''

 

IMI : ''Quel a été l'apport de l'IMI dans la réalisation de ce projet ?''
X Destoop : ''J'ai eu le sentiment de vivre l'IMI en deux temps :
- l'année de cours extrêmement dense à l'issue de laquelle j'étais un peu dubitatif sur ma capacité d'utiliser un tel apport de connaissances et d'expériences,
- l'année de la rédaction du mémoire qui m'a permis d'intégrer progressivement les contenus en les réassimilant en fonction de l'avancement de l'étude.

Le choix d'un sujet de management et d'organisation correspondant au cursus de l'IMI m'a imposé ce mode de travail. Le soutien discret et pertinent du Directeur de mémoire a également été déterminant dans certains moments de flottement au départ de l'étude. La sortie de l'ouvrage "Les systèmes d'information : Art et pratiques" écrit par les intervenants de l'IMI a également constitué pour moi un précieux référentiel de bonnes pratiques.''

 

IMI : ''Comment comptez-vous concrétiser cette acquisition de connaissance en matière de management des systèmes d'information, dans l'art de diriger des projets complexes ?''
X Destoop : ''J'ai pu réinvestir la formation à l'IMI immédiatement dans le cadre du poste de DSI que j'occupe actuellement. Pour moi, ce réinvestissement ne consiste pas en une application de recettes toutes prêtes. La formation IMI incite justement à une réflexion plus approfondie devant les évènements quotidiens. Elle me permet au final de faire des choix qui certes s'appuient sur les bonnes pratiques, mais également s'adaptent à l'environnement du moment. La prise en compte globale des problématiques mettant l'humain au centre du système est particulièrement adaptée à une organisation à vocation humaniste. Dans un premier temps, un des points importants de mon activité a consisté à organiser les nombreux projets dans une méthode structurée. L'identification des acteurs et la définition de leurs responsabilités contribuent à l'évidence à rendre plus sereines les relations entre les participants. Elles assurent au management une prise de contrôle des projets coûteux et risqués. Les premiers résultats sont encourageants.

Dans le cadre de projets très divers (ouverture de sites Internet, déploiement de serveurs, développement de logiciels de gestion...), s'adressant à de petits groupes ou à l'ensemble de l'organisation, l'aspect généraliste de la formation IMI est essentiel. Les réponses ne sont jamais simples. Elles font intervenir des hommes, des technologies, des organisations... On peut donc dire que le cursus de l'IMI qui intègre cette globalité est un entraînement à la gestion de la complexité.''

 

 

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