Jean MARTINEAU
Consultant en organisation et management

Cours : Approche par les processus

 

Gérard Balantzian (GB) : " Vous avez été de l'un des premiers à parler de la révolution transversale. Pourriez-vous m'en dire quelques mots ?"
Jean MARTINEAU (JM) : "Pour expliquer ce changement radical il faut revenir à mon passé professionnel. Je suis avant tout un organisateur. Je me suis très tôt intéressé aux technologies car celles-ci sont indissociables de l'organisation. Au fil du temps, il m'est apparu qu'un des obstacles majeurs de l'efficacité des organisations résultait que leurs extrêmes cloisonnements. Or, le coeur de la technologie s'appuie sur la communication non seulement technique mais aussi celle des savoir-faire, entre les hommes. Chacun avait sa vision et les objectifs propres à son domaine de compétences dans l'organisation.

Or, autant la chute du mur de Berlin en 1989 a décloisonné les systèmes politiques, autant dans le domaine des systèmes d'information nous n'avons pas assisté à la même révolution.

De plus, le développement de la concurrence et l'économie de marché ont mis en évidence l'importance du client et la nécessité de satisfaire ses attentes et ses besoins. La finalité d'une entreprise consiste à apporter à ce dernier des biens et des services qui s'organisent au travers des grands processus. Or si on voulait satisfaire le client, il fallait que l'ensemble des acteurs de l'entreprise partage une vision commune du client. Cela signifie que chacun reste dans son domaine de compétence mais dépasse dans le même temps le périmètre de son territoire pour avoir une vision d'ensemble de l'entreprise : la satisfaction du client. "

 

GB : "Quelle est la valeur ajoutée de votre enseignement ?"
JM : "Je pense que l'on peut être convainquant en étant soi-même convaincu. La nécessité de ces transformations n'est pas uniquement technique mais plus générale, c'est-à-dire managériale. Et le management est aussi l'affaire d'une école d'ingénieur comme l'UTC.

Mon enseignement consiste donc à montrer les fondements de cette révolution afin de fournir aux étudiants l'argumentaire nécessaire pour conduire ces changements. Il ne s'agit donc pas d'un cours portant uniquement sur la simplification des processus, la grande question consiste à savoir ce qui justifie ces changements de façon à avoir entre les mains un outil pouvant convaincre les différents interlocuteurs dans l'entreprise."

 

GB : "Qui sont ces interlocuteurs ?"
JM : "Etant donné que la transformation des processus est liée aux choix stratégiques, l'instrumentation méthodologique doit assister les décideurs responsables à dominer les risques durant ces changements."

 

GB : "Vous avez inventé la démarche JATA (Juste à Temps dans Toutes les Activités). En quoi consiste t à-elle ?"
JM : "Elle est essentiellement pragmatique car cette démarche est fondé sur un facteur essentiel de l'entreprise : le temps. Celui des hommes et femmes qui y travaillent, celui des machines, etc. Il est donc essentiel à mon sens de maîtriser cette variable à caractère stratégique. Je vous renvoie vers mes écrits, et en particulier ma contribution au livre collectif 'Les systèmes d'information : art et pratiques' que vous aviez d'ailleurs dirigé."

 

GB : "Il y a aussi la qualité et les coûts"
JM : "En effet, nous ne pouvons pas isoler ce vecteur de progrès de la qualité et des coûts. Si la recherche du délai optimal n'est pas obligatoirement le délai le plus court. Cette variable 'temps' a un caractère stratégique dans la mesure où elle fédère le plus grand nombre d'acteurs.

Malheureusement, je constate que malgré les progrès effectué sur le plan de la bonne compréhension de ces principes dans l'entreprise, leur mise en oeuvre n'est pas toujours à la hauteur des intentions des managers. La transversalité n'est pas toujours partagée dans les faits même si on a beaucoup évolué depuis les années 90. Ce décalage entre les concepts et l'action est à l'origine des dysfonctionnements de nos organisations."

 

GB : "Votre cours est fondée sur une pédagogie participative qui est l'une des originalités de l'IMI"
JM : "A l'université, je pars du principe que l'on rencontre des gens intelligents, enseignants ou apprenants). Or, le savoir et le partage de la connaissance doivent s'appuyer sur une ingénierie de la formation créant un climat favorisant l'expression d'idées nouvelles à partir des instruments méthodologiques enseignés. L'innovation doit déboucher de l'association des acteurs à cet enseignement. Les approches ludiques que je pratique permettent de mettre les participants face à des situations et des ressentis qui ne pourraient pas s'exprimer dans d'autres cas. Apprendre doit être fondé sur un désir et non une peine.

Le corps enseignant doit d'abord passer à l'acte en décloisonnant son modèle mental et son enseignement s'il veut être crédible. C'est l'un des points forts de l'IMI qui a été, il me semble, le premier institut à intégrer le travail coopératif dans sa pédagogie."

 

 

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