Claude SALZMAN
Consultant indépendant et auditeur

Cours : Pratiques de la gestion

 

Gérard Balantzian (GB) : "Après une trentaine d'années de contact avec le monde de l'entreprise, quelle est votre appréciation du degré de maturité de la MOA et MOE face à la nécessité de rénovation de leur système d'information ?"
Claude SALZMAN (CS) : "On est parti d'un univers dominé par le mainframe à un univers radicalement différent. La majorité des capacités des technologies de l'information se trouve aujourd'hui sur le bureau de l'utilisateur. Les mainframes sont toujours là mais ils ne sont pas utilisés de la même manière. Par contre la mise en oeuvre de l'ensemble des composantes de ces architectures technologiques et la maîtrise de leur cohérence ont été moins rapides que l'arrivée de ces technologies sur le marché."

 

GB : "Quel est votre point de vue concernant la capacité de ces acteurs à gérer des projets et à les piloter ensemble ?"
CS : "Les managers ont évolué par rapport aux années 80 car ils ont une meilleure compréhension du rôle stratégique des technologies de l'information. L'apprentissage individuel des nouveaux instruments comme l'internet ou le traitement de texte a permis une vulgarisation des technologies. Mais l'illusion de maîtriser ces outils a engendré des incompréhensions entre la DSI et les directions métiers. De plus, ces derniers ont freiné des projets essentiels alors qu'il fallait les anticiper. Une compréhension insuffisante de la complexité des opérations inhérente à la conception et au développement du SI engendre du décalage entre les MOA et les MOE même s'ils semblent d'accord sur les grandes lignes directrices du management de projet."

 

GB : "Quels sont les changements que vous avez introduits dans votre cours « économie de l'information » depuis ces 5 dernières années ?"
CS : J'enseigne le budget, la comptabilité et les tableaux de bord, mais je suis toujours frappé des méconnaissances des stagiaires, pourtant occupant des postes à responsabilité dans l'entreprise du bon usage de ces fondamentaux. De plus, leur perplexité face aux transformations du contrôle de gestion qu'ils devront conduire et la nouvelle vision à apporter aux investissements informatiques pour offrir à l'entreprise l'avantage décisif m'alerte sur une nouvelle pédagogie à développer pour faire passer les bons messages.

Par exemple le calcul systématique de la rentabilité des investissements informatiques n'est pas une généralité dans toutes les entreprises. Cela fait pourtant 30 ans que l'on en parle sur le marché... Les auditeurs reflètent ainsi l'écart qui existe entre les pratiques des services informatiques et les conseils prodigués depuis plusieurs décennies.

Mon cours insiste donc de plus en plus sur les 2 dimensions suivantes :
- la hiérarchie 'objectifs-planification-budget-programme'
- la recherche d'une vision globale de la problématique

L'enjeu consiste donc à sortir les auditeurs de la seule dimension « outil » pour comprendre et rentrer dans la dimension économique des dirigeants et parler avec eux la même langue. Le défit sous-jacent porte donc sur la communication.''

 

GB : "Qu'avez-vous tiré des enquêtes sur les Frais généraux que vous aviez longtemps animés au plan national ?"
CS : "Nous avons tenté dans ces études de positionner le coût du SI, mais devant les difficultés rencontrées pour élaborer une estimation fiable, nous avons demandé aux entreprises et à leurs dirigeants une répartition de leurs frais généraux, fonction par fonction, et à l'intérieur la part que représentaient l'informatique et les systèmes d'information. Ces études ont été d'une réelle utilité pour la justification des dépenses informatiques et le benchmarking de ratios clés."

 

GB : "Quelles sont les transformations nécessaires au plan du contrôle de gestion et du pilotage du SI pour un meilleur alignement de ce dernier avec la stratégie ?"
CS : "L'étude des comptes de la Nation montre la corrélation étroite entre d'une part le niveau des investissements dans les technologies de l'information et d'autre part la croissance et la compétitivité des entreprises. L'avance significative des USA est connue sur ce plan.

En France nous avons encore un retard à rattraper malgré les efforts de modernisation entrepris et nous devons cesser de séparer le hardware et le software dans le calcul de retour sur investissement. Les entreprises doivent se donner non seulement les moyens d'effectuer ces mesures mais également de contrôler les résultats et de les suivre.

L'université doit enseigner un corpus de connaissance lié aux Computers sciences, au-delà de l'informatique. Elle doit lier l'enseignement des composants technologiques et le management des systèmes d'information. Pour l'instant on en est loin. Les cloisonnements existent encore. Or une des originalités de l'IMI est d'avoir réussi à apporter cette vision globale indispensable pour créer une nouvelle dynamique relationnelle entre la DSI et la direction générale.

Si on veut que le retard sur le plan technologique ne s'accentue pas dans notre pays, il est nécessaire de rapprocher les décideurs autour d'une même vision de l'économie de l'information."

 

 

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